Des rouleaux de fil et un pot de colle
L'atelier, pendant les mois calmes, ressemble à une réserve avec un chantier dedans. Des rouleaux de fil d'acier s'appuient au mur ; des pièces de soie et de papier se tiennent debout ; un pot de colle chauffe doucement. Au milieu, une figure de taille humaine se construit par morceaux. La tête est sur un établi, le corps est une armature soudée, et la peau se découpe pour s'ajuster. Le travail n'a rien de mystérieux. C'est une suite de matériaux, chacun avec ses exigences : un fil qui doit tenir une forme, une étoffe qui doit rester plate, une colle qui ne doit pas tacher, une peinture qui doit se lire la nuit.
D'abord un dessin grandeur nature
La fabrication commence par un dessin et un tracé à l'échelle. Le tracé n'est pas une esquisse : il fixe la hauteur, la largeur et la pose, pour que l'armature soit soudée en conséquence. Les ouvriers courbent et assemblent le fil en squelette, puis tendent l'étoffe dessus par sections. Les grandes figures sont trop vastes pour être couvertes d'une seule pièce : la peau se monte panneau par panneau, et les coutures se cachent sous la peinture ou le liseré. La dernière étape revient au peintre, qui ajoute le visage et la couleur que l'intérieur éclairera. L'ordre compte : l'armature décide de la forme, la peau décide de la surface, et la lumière décide de ce que la surface devient.
Une fête avec une échéance
La fête des lanternes de Zigong dure depuis des décennies et puise dans le folklore, l'opéra et l'histoire locale. C'est aussi un calendrier de production. À l'approche de l'hiver, les ateliers passent de la réparation et du dessin à l'assemblage, et le réseau de métiers de la ville devient visible : plus de cent mille personnes sont décrites comme artisans de la lanterne, un réseau de compétences qui circule d'un atelier à l'autre. Après la fête, les figures sont descendues, stockées, réparées ou refaites. Certaines se gardent des années ; d'autres sont démontées et leurs armatures réutilisées. La morte-saison n'est pas vide. C'est le moment où le lot suivant est dessiné et commencé. La fête est une échéance que toute la ville voit, et les ateliers travaillent à rebours.
L'autre atelier
L'atelier plus ancien de Zigong est le puits de sel. Shenhai a été foré en 1835 jusqu'à 1 001,42 mètres, et son chevalement se dresse encore à 18,4 mètres au-dessus de la cour. Huit chaudrons fonctionnent toujours, transformant la saumure en environ 2 500 kilogrammes de sel par jour. Sel et lanternes sont des métiers différents, mais ils partagent une forme : un site modeste, une équipe de mains, un produit qui sort par la porte. L'un travaille avec la chaleur et la saumure, l'autre avec le fil et la lumière. L'identité de la ville repose sur les deux, et ni l'un ni l'autre n'est une démonstration. Les chaudrons bouillent, les armatures se soudent, et le travail continue, qu'il y ait un public ou non.