La salle de dévidage La première chose, dans la salle des machines à dévider, est l'odeur. La soie grège a un parfum tiède, vaguement animal, qui reste dans une pièce longtemps après le départ des cocons. Les machines à dévider se tiennent en rangs, leurs petits bassins et leurs guides placés à la hauteur des mains d'un ouvrier debout. Une filature est un lieu où l'on déroule un cocon en un filament continu, et l'équipement est construit autour de ce seul geste. La salle garde les machines comme des machines, non comme des sculptures : courroies, broches et guides sont encore en état de marche. Les cocons ont disparu, mais les machines montrent encore l'échelle du travail : toute l'usine est une machine bâtie autour d'un fil unique et fragile.

La plus grande filature d'Asie La filature Liuhe a été décrite comme la plus grande d'Asie. Sa taille se lit encore dans les bâtiments, les rangées de machines et la distance qu'un ouvrier parcourait dans une journée. Le parc qualifie aujourd'hui le site de patrimoine industriel national et de lieu de tourisme industriel. Ce double nom est exact : les bâtiments sont protégés, et le lieu est disposé pour recevoir des visiteurs. Le parcours est organisé comme une suite, du cocon à la soie, de sorte qu'une matière première devient une étoffe finie au fil d'une promenade. L'échelle n'est plus une raison de fierté ; c'est ce qui permet de parcourir le site comme un itinéraire plutôt que de le regarder comme une seule salle.

Métiers et démonstration L'atelier des métiers à lances est le passage le plus bruyant du parcours. Un métier en marche va trop vite pour l'œil, et l'atelier se remplit d'un coup dur et répété. Certaines machines tournent pour les visiteurs ; le parcours ne dépend pas de l'originalité de chaque atelier. La différence entre démonstration et production est celle d'une machine qui tourne pour une photographie et d'une machine qui tourne pour un quota. Le visiteur voit la première, et la seconde est la raison pour laquelle la première vaut d'être regardée. Le son est l'essentiel : un métier qui tourne fait ce pour quoi un métier existe, et un métier arrêté est un meuble, si bien étiqueté soit-il.

Le train et le chiffre Un petit train à vapeur traverse le parc, une courte ligne qui transforme la logique de l'usine en promenade. En 2024, le parc a reçu 1 203 000 visiteurs. Ce chiffre explique le train et les ateliers de teinture nouée : le tourisme industriel a besoin de donner à une famille quelque chose à faire après les machines. Le risque d'un tel site est que les parties en activité deviennent un décor. La réponse du parc est de garder la suite visible à chaque arrêt : cocon, filament, métier, étoffe. Qui la suit apprend ce que l'usine faisait, et pas seulement à quoi elle ressemblait. Le chiffre explique le train ; il explique aussi pourquoi les parties actives ont besoin d'un parcours pour être vues.