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Couleur, savoir-faire et restauration : fabriquer et préserver les guerriers de terre cuite

Les guerriers furent modelés, achevés et peints. Les fouilles ont révélé des surfaces fragiles et des corps brisés que les conservateurs étudient, stabilisent et remontent patiemment.

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Une figure façonnée par des gestes de métier

Les guerriers sont des figures en céramique grandeur nature, mais leur taille ne signifie pas qu’ils aient été fabriqués comme des statues d’un seul bloc. Les corps et les membres furent formés, assemblés et finis ; les visages, les coiffures et l’équipement distinguent les figures. Les méthodes exactes ont pu varier selon les ateliers et les séries : aucune recette simplifiée ne doit être tenue pour universelle. L’UNESCO souligne que les figures témoignent des techniques de poterie et de travail du bronze des Qin. La répétition des formes rendit possible une commande immense, tandis que le modelage et les finitions créaient des variations visibles. Les armes en bronze furent fabriquées séparément, reliant les figures d’argile au travail du métal et à l’équipement militaire.

Les figures étaient à l’origine peintes. Le musée du site du mausolée de Qin Shi Huang indique qu’une couche de fond en laque chinoise portait les pigments. Leur apparence actuelle reflète donc à la fois leur fabrication ancienne et la perte de couches superficielles fragiles après la fouille. Comprendre l’enchaînement de l’argile, de la laque et des pigments est essentiel pour saisir la difficulté de la conservation.

Une couleur qui peut disparaître en quelques instants

Le compte rendu de conservation du musée décrit une surface peinte dont les pigments reposaient sur une couche de fond en laque chinoise. Cette couche réagissait fortement aux changements d’environnement : après la fouille, la peinture pouvait se recourber, se soulever puis se détacher. En 1987, les chercheurs du musée constituèrent une équipe de conservation et travaillèrent avec l’Office bavarois pour la conservation des monuments. Pendant plus de dix ans, ils étudièrent les couches et les matériaux, identifiant la laque chinoise et des pigments, dont un violet à base de silicate de cuivre et de baryum.

Le musée rapporte le succès de deux approches : un traitement au polyéthylène glycol et à l’émulsion de polyuréthane, et la pénétration d’un monomère suivie d’une polymérisation par faisceau d’électrons. Ces méthodes furent élaborées au terme de recherches et d’essais prolongés pour protéger la polychromie fragile. Le compte rendu décrit des techniques utilisées sur un lot de figures peintes ; cela ne signifie pas que chaque guerrier reçoive le même traitement. La conservation vise à retenir la matière originale qui subsiste, et non à repeindre les figures dans un état complet imaginé.

Pigments utilisés pour peindre les guerriers en terre cuite, présentés dans un musée.
Pigments utilisés pour peindre les guerriers en terre cuite, présentés dans un musée.

Des fragments à la figure remise debout

Un rapport de la municipalité de Xi’an publié en 2024 décrit un système de conservation qui relie fouilles, interventions d’urgence sur site, restauration et stockage. Dans la fosse no 1, la zone de fouille communique directement avec un laboratoire de conservation ; dans la fosse no 2, un abri de fouille et un espace expérimental forment une plateforme commune. Selon le rapport, une fois une figure peinte mise au jour, les conservateurs maintiennent l’humidité dans une enceinte à l’azote, réalisent des examens ultrasonores et des images 3D, puis procèdent à une documentation systématique, au nettoyage et au renforcement. Il décrit aussi plusieurs personnes ajustant une tête de terre cuite sur un corps déjà assemblé.

Ces étapes font de la réparation une séquence documentée. Les conditions ambiantes sont maîtrisées lorsque les objets quittent leur contexte enfoui, tandis que les images et les dossiers conservent des informations sur leur état et leur traitement. Les fragments doivent correspondre à l’objet conservé ; une silhouette plausible ne suffit pas à prouver que des morceaux vont ensemble. Le travail sur site permet également aux équipes de fouille et de conservation de réagir ensemble à l’apparition de nouveaux vestiges.

Zone de restauration de la fosse no 1 : les figures et les chevaux en sont à différents stades de remontage.
Zone de restauration de la fosse no 1 : les figures et les chevaux en sont à différents stades de remontage.

La conservation, une recherche au long cours

Les archives du musée montrent que la conservation relève autant du suivi dans le temps que de la réparation : le fond en laque et les pigments forment des couches distinctes, et la peinture mise au jour peut évoluer après la fouille. Pour protéger cette surface, la couleur ne peut être traitée comme une finition détachable ; il faut tenir compte des liens entre les matériaux.

La conservation se poursuit dans le temps. Certaines figures ont été remontées ; les traces de pigments restent vulnérables ; les objets nouvellement fouillés nécessitent des traitements et un stockage contrôlés. Les guerriers exposés sont des objets anciens dont la survie dépend aussi de recherches modernes, de dossiers minutieux et de gestes experts.

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Crédits et droits des photographies
  1. Pigments utilisés pour peindre les guerriers en terre cuite, présentés dans un musée.Charlie · CC BY-SA 4.0 · CC BY-SA 4.0 Source de la photo ↗ Informations sur les droits ↗
  2. Zone de restauration de la fosse no 1 : les figures et les chevaux en sont à différents stades de remontage.Gary Todd · CC0 · CC0 Source de la photo ↗ Informations sur les droits ↗