Le toit est la chose la plus neuve Regardez la chaumière : le toit la trahit d'abord. Le chaume est de l'herbe posée en rangs qui se chevauchent et peignée vers le bas ; c'est la partie la moins durable de tout bâtiment : elle prend l'eau, se couvre de mousse et doit être refaite pendant que la charpente et les murs tiennent. Une maison de chaume qui a traversé des siècles est une maison dont le toit a été refait bien des fois. De près, les rangs sont épais, et l'égout est coupé droit, parce qu'un bord mou pourrirait d'abord. La pluie s'en écoule en nappe. Du Fu a bâti sa chaumière ici entre 759 et 762, et l'enclos a été refait encore et encore depuis. L'herbe n'est pas une relique. C'est un matériau, et elle se comporte comme tel.

La rivière derrière le jardin La rivière Huanhua passe derrière le site, et le jardin s'organise autour de l'eau et des bambous plutôt que d'une vue lointaine. Les chemins tournent, les plantations sont denses, et le bruit de l'eau arrive avant l'eau. Du Fu a vécu ici trois ans et beaucoup écrit à Chengdu ; ses poèmes sont pleins de la maison, du vent et du temps. Le jardin actuel est une construction tardive, plantée pour que les poèmes tiennent debout quand on s'y tient. Il fait bien ce travail. Tenez-vous là où un toit aurait fui, entendez l'eau bouger, et le vers sur le vent d'automne cesse d'être seulement un vers. Une maison au bord d'une rivière est aussi une maison au sol humide et au toit à surveiller, et les poèmes le savent.

Le poème gravé dans la pierre Le couloir de stèles garde les poèmes de Du Fu taillés dans la pierre, dont celui de la chaumière brisée par le vent d'automne. Le poème parle d'un toit : le vent prend le chaume, les voisins l'emportent, la pluie passe, et le poète souhaite une maison qui abriterait tout le monde. Le papier dure quelques siècles au mieux ; la pierre dure plus, et un couloir de stèles est une manière de faire d'un poème une architecture. Le couloir est ouvert à l'air d'un côté, si bien que les stèles prennent le temps qu'elles devaient traverser. Les caractères sont taillés assez profond pour se lire en lumière rasante, et certains sont usés jusqu'à l'ombre. Les visiteurs se penchent, retrouvent une phrase qu'ils connaissent, et passent à la dalle suivante.

Ce qu'est devenue la maison d'un poète La chaumière a été refaite si souvent que la reconstruction est la véritable histoire du lieu. Ce qui se dresse aujourd'hui est un musée et un mémorial : la maison de chaume, le couloir de stèles, les présentations dans la salle de chaume, et le jardin, sous un classement de bien culturel national et un label de musée de premier grade. Le statut de musée est venu bien après les poèmes, et il a changé ce qu'on demande au site : conserver, expliquer, vendre un billet, entretenir un jardin. Rien de tout cela n'est une imposture, et rien de tout cela n'est la pièce où Du Fu a dormi. La maison d'un poète est une proposition : voici où les poèmes ont été faits, et voici ce qu'une ville plus tardive a décidé de garder. Le chaume sera remplacé encore. Le vent du poème, non.