Vu de l’extérieur, le Kumbum forme une seule masse étagée au sein de Pelkor Chöde. Pourtant, l’étude de Shengnan Dong pour le Rubin Museum of Himalayan Art décrit 73 chapelles réparties sur huit niveaux. En montant, le visiteur ne retrouve pas simplement la même petite salle répétée, mais traverse une succession d’espaces sacrés conçus selon un ordre. Le nom Kumbum est souvent rendu par « cent mille images ». Le nombre réel de chapelles est inférieur, mais l’expression évoque le désir de produire une profusion d’images. Dong relie leur organisation à un programme de connaissances bouddhiques tantriques. Pour comprendre l’édifice, il faut donc regarder à la fois sa silhouette entière et chacune de ses pièces : l’une en fait un repère dans la vallée de Gyantsé, les autres offrent à des images différentes leur espace propre.
Dans le journal
Le Kumbum, un monde de chapelles
Au monastère de Pelkor Chöde, à Gyantsé, le Kumbum déploie 73 chapelles, des peintures et des parcours rituels sur huit niveaux.
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La circumambulation comme lecture
L’architecture du Kumbum guide le regard autant que les pas. Sa terrasse à quatre niveaux suit un plan à vingt angles, avec des portes de chapelles le long du parcours extérieur. Plus haut, une forme de stupa circulaire et des passages intérieurs relient les niveaux. La circumambulation — marcher dans le sens horaire autour d’un lieu ou d’un objet sacré — est ainsi intégrée au bâtiment. Chaque détour mène à un nouveau seuil et à un nouvel intérieur peint ; l’ascension devient une suite de rencontres plutôt qu’une ligne droite vers un seul point de vue. L’étude décrit quatre temples principaux dans la partie supérieure circulaire et un passage intérieur à deux niveaux dans le harmika. Les espaces clos alternent avec les terrasses ouvertes, et le parcours intérieur avec le contour extérieur : le plan construit une expérience de pèlerinage.
Une œuvre collective
Les chapelles conservent aussi les traces de celles et ceux qui les ont décorées. Des inscriptions nomment au moins 39 peintres de la région du Tsang. Selon l’étude, des maîtres expérimentés travaillaient en équipe avec des élèves. Rabten Kunzang, prince de Gyantsé, en fut le principal mécène, tandis que l’abbé Rinchen Peldrub supervisait le chantier. Ces noms ramènent un vaste programme religieux à une entreprise locale où patronage, autorité monastique et travail d’atelier se sont rencontrés. L’étude relève également un dialogue architectural précis : des yeux peints associés aux stupas népalais côtoient des assemblages de brackets de style chinois. Les inscriptions rendent visibles les peintres que l’ampleur du bâtiment pourrait faire oublier. Le Kumbum est un monde de chapelles, mais aussi un réseau d’artisans, de moines et de mécènes.

